ERIAC

Équipe de Recherche Interdisciplinaire sur les Aires Culturelles

La guerre civile anglaise des Romantiques. France-Angleterre, 1789-1901.

Illustration : Daniel Maclise, « An Interview between Charles I and Cromwell », 1836, National Gallery of Ireland (détail).

La guerre civile anglaise des Romantiques. France-Angleterre, 1789-1901.

Colloque international 9-10 octobre 2014, Université de Rouen, Maison de l’université

Organisé par le le Cérédi (Centre d’Études et de Recherche Éditer/Interpréter – EA 3229)
et l’ERIAC (Equipe de Recherche Interdisciplinaire sur les Aires Culturelles – EA 4705)

Comité d’organisation
Claire Gheeraert-Graffeuille (Université de Rouen, ERIAC)
Tony Gheeraert (Université de Rouen, Cérédi)
Sylvain Ledda (Université de Rouen, Cérédi)

Comité scientifique
Barbara Cooper (University of New Hampshire)
Geoffrey Cubitt (University of York)
Claire Gheeraert-Graffeuille (Université de Rouen, ERIAC)
Tony Gheeraert (Université de Rouen, Cérédi)
Sylvain Ledda (Université de Rouen, Cérédi)
Fiona McIntosh-Varjabedian (Université de Lille 3)
Florence Naugrette (Université de Paris IV-Sorbonne)
Claudine Poulouin, (Université de Rouen, Cérédi)
Henri Suhamy (Université de Paris Ouest Nanterre)

APPEL À COMMUNICATIONS
La guerre civile anglaise constitue aujourd’hui, d’un côté comme de l’autre de la Manche, un épisode bien oublié de l’histoire britannique. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi : au XIXe siècle, la Grande Rébellion était au contraire érigée en référence, tant par ceux qui tentaient de penser les soubresauts politiques qui secouaient alors l’Europe que par de nombreux écrivains et artistes, qui y trouvaient une inépuisable source d’inspiration. L’expression « Révolution anglaise », qui fait écho à « Révolution française », a été forgée par François Guizot pour désigner la période qui couvre les années 1640-1660. Elle renvoie aux changements sociaux, religieux et politiques, qui affectèrent les Îles britanniques au milieu du XVIIe siècle.

Les romantiques français, passionnés d’histoire nationale et européenne, ont perçu dans la Révolution anglaise un moment charnière de l’histoire civile de l’Europe. Bien avant 1789, ce moment de bouleversement a pu être interprété comme un signe avant-coureur des événements climatériques qui transforment la société française à la fin du XVIIIe siècle. Pourtant, ce que retiennent aussi les romantiques, Hugo en tête, c’est le caractère utopique de la  Révolution anglaise. Le personnage de Cromwell fascine Hugo au point qu’il lui consacre son premier drame, en 1827, mais il revient à plusieurs reprises sur cette figure énigmatique dans son œuvre. « On admire Charles Ier ; on ne peut que plaindre Louis XVI. Quant à Cromwell, l’enthousiasme hésite devant ce grand homme difforme. Ce qu’il a de Scarron gâte ce qu’il a de Richelieu ; ce qu’il a de Robespierre gâte ce qu’il a de Napoléon », écrit Hugo dans Le Rhin. La  Révolution anglaise permet en effet de repenser la Révolution française, ce qui explique en partie le nombre important de publications consacrées à Cromwell sous la Restauration (Villemain, Histoire de Cromwell, 1819 ; Guizot, Histoire de la  Révolution de l’Angleterre depuis Charles Ier jusqu’à la restauration de Charles II, 1826-1827). Au théâtre, Dumas et Mérimée s’intéressent aussi à ce personnage.

En Grande-Bretagne aussi, la Révolution anglaise est encore très vivace dans les mémoires. Dans les débats politiques et sociaux du XIXe siècle, elle sert alternativement de modèle, ou de repoussoir, au gré des parallèles qui sont faits entre Cromwell et Napoléon, entre Charles Ier et Louis XVI ou entre Henriette-Marie et Marie-Antoinette. Il faut dire qu’après un siècle de dénigrement, le personnage de Cromwell trouve des partisans, d’abord parmi les dissidents, puis auprès d’un public plus large, souvent proche des Whigs. De plus, la publication, par Thomas Carlyle, de ses lettres et de ses discours en 1845 contribue de façon décisive à la réhabilitation du personnage, le plus souvent considéré comme l’assassin de Charles Ier. Mais la figure de Cromwell n’éclipse pas celle de « Charles le Martyr », encore officiellement commémoré, et dont le culte, inscrit dans le Livre de prière commune jusqu’en 1859, se perpétue jusqu’à nos jours à travers la Society of St Charles the Martyr.
Ce regain d’intérêt pour la Révolution anglaise s’accompagne de l’édition de nombreux textes inédits relatifs à ces événements : des Mémoires, des lettres, mais aussi des collections de « pamphlets ». Les guerres civiles servent de cadre à de nombreux tableaux, mais aussi à des pièces de théâtre et à des romans, parmi lesquels ceux de Walter Scott sont restés les plus célèbres. Ils constituent aussi, tout au long du siècle, une source d’inspiration pour les poètes romantiques, de Wordsworth à Shelley.

Même si cet attrait pour la Révolution a son histoire propre en France et en Angleterre, il existe néanmoins des interactions entre les deux pays comme le suggère l’histoire éditoriale de textes sur les guerres civiles. Ainsi, par exemple, L’histoire de la Révolution d’Angleterre (1826) de Guizot est traduite en Angleterre en 1838 et, jusqu’à la publication des travaux de S. R. Gardiner et de C. H. Firth à la fin du XIXe siècle, elle demeure le récit le plus autorisé sur la période. Inversement, en France, au moment de la Révolution française, on traduit les grands textes de Milton, Harrington et Needham. Un peu plus tard, dans les années 1820, les romans de Scott sont mis en français dès leur publication en Angleterre. C’est le cas de Woodstock ou le Cavalier (1826) adapté pour la scène française en septembre 1826. Dans les deux pays, il ne fait pas de doute que l’histoire tourmentée des guerres civiles est indispensable pour comprendre un présent en pleine mutation.

Les communications pourront porter sur le domaine anglais ou français et aborder par exemple les questions suivantes :
-Les représentations romanesques, dramatiques et poétiques de la guerre civile anglaise. Les sources de ces représentations. La transformation du personnage historique en personnage de théâtre ou de roman. Les rapports entre histoire et fiction.
-La  Révolution anglaise dans l’iconographie (peinture, gravures, illustrations)
-L’historiographie de la guerre civile anglaise au XIXe siècle.
- Les traductions françaises des textes révolutionnaires anglais et la traduction des histoires françaises des guerres civiles anglaises.
-La guerre civile anglaise vue par les Français. La guerre civile anglaise dans les débats politiques et religieux en Angleterre au XIXe siècle.
-Les éditions au XIXe siècle de textes sur la guerre civile : pamphlets, mémoires, lettres, histoires.

Merci d’adresser vos propositions de communication (environ 300 mots) et une courte notice bio-bibliographique à Claire Gheeraert-Graffeuille, Tony Gheeraert et Sylvain Ledda avant le 1er février 2014.
claire.gheeraert-graffeuille@univ-rouen.fr
tony.gheeraert@univ-rouen.fr
sylvain.ledda@univ-rouen.fr

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The English Civil War in the Romantic and Victorian Period. France-England, 1789-1901.

International Conference, 9-10 October 2014, Université de Rouen, Maison de l’université.

Organized par le le Cérédi (Centre d’Études et de Recherche Éditer/Interpréter – EA 3229)
et l’ERIAC (Equipe de Recherche Interdisciplinaire sur les Aires Culturelles – EA 4705)

Organizing Committee
Claire Gheeraert-Graffeuille (Université de Rouen, ERIAC)
Tony Gheeraert (Université de Rouen, Cérédi)
Sylvain Ledda (Université de Rouen, Cérédi)

Scientific Committee
Barbara Cooper (University of New Hampshire)
Geoffrey Cubitt (University of York)
Claire Gheeraert-Graffeuille (Université de Rouen, ERIAC)
Tony Gheeraert (Université de Rouen, Cérédi)
Sylvain Ledda (Université de Rouen, Cérédi)
Fiona McIntosh-Varjabedian (Université de Lille 3)
Florence Naugrette (Université de Paris IV-Sorbonne)
Claudine Poulouin, (Université de Rouen, Cérédi)
Henri Suhamy (Université de Paris Ouest Nanterre)

CALL FOR PAPERS
Nowadays the English Civil War is a mostly forgotten episode in British history on both sides of the Channel. Yet, this has not always been the case. In the nineteenth century, the “Great Rebellion” was a reference point that helped contemporaries to make sense of the political upheavals on the Continent; it was also an inexhaustible source of inspiration for a wide range of artists and writers. The phrase “English Revolution” – which echoes the “French Revolution” – was coined by François Guizot to refer to the period spanning the years 1640-1660. It reflects the social, religious and political changes that affected the British Isles in the middle of the seventeenth century.

The French Romantics, who were enthusiastic about national and European history, viewed the English Revolution as a watershed in European civil history. Even before 1789, this moment of upheaval was thought to portend the momentous events that deeply transformed French society at the end of the eighteenth century. Still what most Romantics learned from the English Revolution was its utopian dimension. Hugo was so fascinated by Cromwell that he gave him the leading role in his first “drame” in 1827, and on several occasions he returned to this enigmatic figure in his work. In Le Rhin he wrote: “On admire Charles ler; on ne peut que plaindre Louis XVI. Quant à Cromwell, l’enthousiasme hésite devant ce grand homme difforme. Ce qu’il a de Scarron gâte ce qu’il a de Richelieu; ce qu’il a de Robespierre gâte ce qu’il a de Napoléon”. Indeed, many writers were led to rethink the French Revolution in terms of the English Revolution, which may account for why so many Restauration publications were concerned with Cromwell (Villemain, Histoire de Cromwell, 1819 ; Guizot, Histoire de la  Révolution de l’Angleterre depuis Charles Ier jusqu’à la restauration de Charles II, 1826-1827). In the same way, on the stage, Dumas and Mérimée imagined Cromwell as a Romantic hero.

In nineteenth-century Great-Britain, the English Revolution was also vividly remembered. In socio-political debates, it aroused either fascination or abhorrence as striking parallels were drawn between Cromwell and Napoleon, between Charles I and Louis XVI, or between Henrietta-Maria and Marie-Antoinette. After a century of denigration, the character of Cromwell had eventually gained some supporters, first among Dissenters, then among a wider audience, especially Whig sympathizers. Moreover, Thomas Carlyle’s publication of Cromwell’s Letters and Speeches in 1845 contributed decisively to rehabilitate a historical figure that had been generally viewed as Charles I’s murderer. But the reassessment of Cromwell did not mean “Charles the Martyr” was eclipsed. The feast day of Charles the Martyr was only removed from the Book of Common Prayer in 1859 and is still commemorated by members of the “Society of St Charles the Martyr”.

The nineteenth-century revival of interest in the English Civil Wars also resulted in the edition of primary sources such as Memoirs, letters, and collections of pamphlets that had never been published before. Civil Wars were used as settings for several paintings, plays and novels, among which Sir Walter Scott’s novels are the most famous. They also constituted a source of inspiration for romantic poets, from Wordsworth to Shelley.

Even though the appeal of the English Revolution has its own history in France and in England, the editorial history of a number of Civil War texts shows interactions between the two nations. For instance Guizot’s History of the English Revolution (1826) was translated into English in 1838 and until the publication of S.R. Gardiner and C. H. Firth’s histories at the end of the 19th century, Guizot’s History was deemed the most authoritative narrative. Conversely, during the French Revolution, texts by Milton, Harrington and Needham were translated into French and in the 1820s, Scott’s novels were translated into French as soon as they were published in England. This was for instance the case of Woodstock, or The Cavalier (1826) which was adapted for the French stage as early as September 1826. In many respects, in both countries, the troubled history of the Civil War was essential to make sense of rapidly changing times.

Contributions may concern France or England and address the following issues:
- Representations of the English Civil Wars in novels, plays or poetry; the origins of these representations; the ways in which historical characters are recast as Romantic or Victorian heroes; the relationship between history and fiction.
- Iconographical representations of the English Revolution (paintings, engravings, illustrations).
- Nineteenth-century historiography of the English Civil War.
- Translations of English Civil War texts into French and translations of French histories of the English Civil Wars into English.
- The English Civil Wars as seen by the French; the English Civil Wars in nineteenth-century English political and religious debates.
- Nineteenth-century editions of Civil War texts: pamphlets, memoirs, letters, histories.

Please send abstracts (300 words) and a short bio-bibliographical note by 1 February 2014 to Claire Gheeraert-Graffeuille, Tony Gheeraert and Sylvain Ledda.
claire.gheeraert-graffeuille@univ-rouen.fr
tony.gheeraert@univ-rouen.fr
sylvain.ledda@univ-rouen.fr

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Bibliographie sélective / Select bibliography

Bigand, Karine, « French Historiography of the English Revolution under the Restoration: A national or cross-Channel dialogue ? », European Journal of English Studies, vol. 14, n°3, December 2010, p. 249-261.

Cubitt, Geoffrey, « The Political Uses of Seventeenth-Century English History in Bourbon Restoration France », Historical Journal, 50.1, 2007, p. 73-95.

Lascar, Alex, « Le Régicide dans le roman français (1824-1853) », Romantisme, n°118, 2003, p. 21-33

Lichtle, M., « Balzac et la Révolution anglaise », L’année balzacienne 1990, Paris, PUF, 1990.

Lutaud, Olivier, Des Révolutions d’Angleterre à la Révolution française : le tyrannicide et Killing no myrder (Cromwell, Athalie, Bonaparte), La Haye, 1973.

Monnier, Raymonde, « Traduction, transmission et  Révolution : enjeux rhétoriques de la traduction des textes de la conception républicaine de la liberté autour de 1789 », Annales historiques de la Révolution française, 364. 2 (avril-juin 2011), p. 29-50.

Murph, Roxane C. (ed.), The English Civil War Through the Restoration in Fiction. An Annotated Bibliography, 1625-1999, London, Greenwood Press, 2000.

Nicholes, Joseph, « Revolutions Compared: The English Civil War as Political Touchstone in Romantic Literature », in Keith Hanley and Raman Selden (eds.), Revolution and English Romanticism: Politics and Rhetoric, Hartforshire, Harvester Wheatsheaf, 1990, p. 261-276.

Nicholes, Joseph, Johnston, Kenneth R, Prasch, Thomas (eds.), Cavaliers and Roundheads First: Interdisciplinary Essays on Romantic and Victorian Recuperations of the English Civil War Publication, in Wordsworth Circle, 25:3 (1994).

Richardson, R. C., Images of Cromwell. Essays for and by Roger Howell, Manchester, Manchester UP, 1983.

Richardson, R. C. The Debate on the English Revolution, 1998, Manchester, Manchester UP, 1998.

Rogers, David, For King Or Parliament: Attitudes of 19th-Century Painters to the Civil War, Exhibition Catalogue, Wolverhampton Art Gallery, Mappin Art Gallery, 1978-1979.

Salomon, J. H. M., « The French Romantics on Comparative Revolution », History of European Ideas, 11 (1989), p. 381-391.

Worden, Blair, Roundhead Reputations: the English Civil Wars and the Passions of Posterity, London, Penguin, 2002